Lilian Bérillon veut planter des vignes capables de vivre cent ans

Dans le Vaucluse, le pépiniériste mise sur la diversité génétique, l’enracinement et une implantation précise pour préparer la vigne au changement climatique.

Avant qu’un vin raconte un sol ou un millésime, il faut choisir et planter la vigne qui le produira. Dans le Vaucluse, Lilian Bérillon fournit des plants à plusieurs grands domaines français avec une ambition qui dépasse la seule reprise après plantation : construire des vignobles durables, capables de traverser les dérèglements climatiques. « Notre arme numéro 1, c’est la diversité génétique », explique le pépiniériste. Plutôt qu’une parcelle constituée d’un seul clone, ses plants rassemblent des dizaines, parfois des centaines d’individus génétiquement différents. Si l’un dépérit ou réagit mal à une contrainte, les autres peuvent poursuivre leur développement. Cette diversité ne suffit pas à elle seule. Le choix du porte-greffe, la profondeur de l’enracinement, la densité de plantation, la taille et l’usage éventuel de l’irrigation influencent également la capacité de la vigne à supporter chaleur et sécheresse

Adapter les solutions à chaque région

Lilian Bérillon se méfie des réponses appliquées uniformément. L’enherbement protège les sols et favorise la biodiversité, mais peut également concurrencer la vigne pour l’eau dans les régions méridionales. L’agroforesterie soulève, elle aussi, la question de la concurrence entre les racines.

Le pépiniériste défend plus volontiers le retour des haies et n’exclut plus certaines solutions autrefois jugées improbables, comme l’installation d’ombrelles destinées à protéger les grappes d’un soleil excessif. Il invite également à examiner l’implantation avant de remplacer les cépages historiques. La syrah peut rencontrer des difficultés dans le Sud lorsqu’elle est plantée sur un site trop chaud ou trop sec, mais conserver toutes ses qualités sur des sols profonds et des expositions plus fraîches.

Réapprendre à penser sur un siècle

Lilian Bérillon vend ses plants six euros pièce, un tarif supérieur à celui de la pépinière industrielle. Il l’associe à la promesse de « vignes capables de vivre cent ans », alors que la durée moyenne actuelle serait d’environ vingt-cinq ans.

Cette longévité change l’équation économique. Un plant moins cher, produit par clonage et greffage mécanisé, peut perdre son avantage si la parcelle doit être renouvelée prématurément. La qualité végétale devient alors un investissement dans la continuité du domaine autant que dans celle du vin.

Un essai mené après un épisode de gel nourrit cette conviction : une grande maison champenoise aurait constaté 75 % de reprise pour ses plants, contre 20 % pour ceux provenant d’un autre pépiniériste.

Au-delà de l’adaptation climatique, Lilian Bérillon voit dans le végétal un moyen de réconcilier les jeunes générations avec le vin. Raconter une bouteille comme l’expression d’une population de vignes, d’un sol vivant et d’un travail écologique pourrait rendre la filière plus lisible. Préparer le vignoble de demain revient ainsi à restaurer une notion presque oubliée : le temps long.

Image de Jérémy Felkowski

Jérémy Felkowski

Partagez cet article

Articles en lien avec celui-ci