Trois-Rivières et La Mauny : Campari prépare son départ de Martinique

Campari négocie la cession de Trois-Rivières, Maison La Mauny et Duquesne à un industriel français. Le groupe italien privilégie désormais ses apéritifs mondiaux.

Trois noms profondément liés au paysage martiniquais s’apprêtent à changer de propriétaire. Le groupe Campari a annoncé, le 29 juillet, être entré en négociations exclusives avec un industriel français pour lui céder Trois-Rivières, Maison La Mauny et Duquesne. L’identité de l’acquéreur n’a pas été rendue publique et la transaction n’est pas encore finalisée. Elle concerne Bellonnie & Bourdillon Successeurs, l’entreprise martiniquaise qui détient les marques, ainsi que son patrimoine industriel. Trois-Rivières et La Mauny figurent parmi les grandes signatures du rhum agricole, élaboré directement à partir du jus de canne fermenté. Duquesne occupe une place davantage tournée vers le marché local. Campari avait acquis cet ensemble en 2019, par l’intermédiaire de Rhumantilles, sur la base d’une valeur d’entreprise de 60 millions d’euros. À l’époque, le groupe voyait dans le rhum premium un moyen de renforcer sa présence française et de profiter du développement de la mixologie.

Le spritz au centre de la stratégie

Sept ans plus tard, les priorités ont changé. Campari veut concentrer ses investissements sur ses marques capables de s’imposer à très grande échelle : Aperol, Campari, Grand Marnier, Courvoisier, Espolòn ou Skyy. « Par le passé, nous avions besoin de ces marques pour ouvrir de nouveaux marchés, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui », explique Simon Hunt, directeur général du groupe. Il précise que le portefeuille martiniquais avait notamment servi à soutenir l’implantation de Campari en France. Aperol représente désormais 29 % des ventes du groupe, soit 438 millions d’euros au premier semestre 2026. Campari multiplie les formats prêts à servir, en bouteille, en canette ou à la pression, avec une offensive particulièrement soutenue aux États-Unis.

Un breuvage à consommer avec modération, bien évidemment.

Une opération encore à surveiller

La cession martiniquaise s’inscrit dans un mouvement plus vaste comprenant également le cognac Bisquit & Dubouché et la tequila Cabo Wabo. Les différentes ventes devraient rapporter environ 30 millions d’euros au groupe, sans que la valeur attribuée aux seuls rhums soit précisée. Campari affirme vouloir achever la rationalisation de son portefeuille avant la fin de 2026. Pour la Martinique, l’enjeu sera désormais de connaître le projet du futur propriétaire : maintien des outils de production, valorisation de l’appellation et développement international des marques. Derrière une décision financière se joue donc aussi l’avenir de maisons attachées à des terroirs, des distilleries et des savoir-faire historiques.

Image de Jérémy Felkowski

Jérémy Felkowski

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