Vendanges en juillet : le vignoble français change de calendrier

Dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales, les premiers raisins ont été récoltés dès la fin juillet. Une précocité spectaculaire qui bouleverse toute l’organisation viticole.

Dans la nuit du 29 au 30 juillet, les premières grappes de muscat petit grain sont tombées dans les caisses d’Alain Gleyzes, viticulteur à La Palme, dans l’Aude. Le raisin doit servir à produire un blanc pétillant, mais l’événement dépasse largement le destin d’une cuvée. « Il y a quand même 43 ans que je suis dans la vigne, c’est la première fois de ma vie que je vendange au mois de juillet », témoigne le président de l’appellation Fitou. Sur son exploitation, la sécheresse avait déjà imposé l’arrachage d’une vingtaine d’hectares à la fin de 2025. La précocité touche plusieurs vignobles d’Occitanie. Près de Narbonne, Camille et Audrey Lalaurie ont avancé leurs vendanges d’une dizaine de jours. Dans les Pyrénées-Orientales, le domaine Lafage a également commencé ses récoltes avec une semaine à dix jours d’avance.

Quatre jours gagnés par décennie

Depuis les années 1980, la date des vendanges françaises avance d’au moins quatre jours par décennie, selon Jean-Marc Touzard, directeur de recherche à l’Inrae. Dans plusieurs vignobles de référence, les raisins sont aujourd’hui récoltés en moyenne 24 jours plus tôt que dans les années 1970. La chaleur accélère la croissance et la concentration des sucres, mais ses effets ne sont pas linéaires. Lorsqu’elle devient excessive, la vigne ferme les pores de ses feuilles, ralentit la photosynthèse et entre en résistance. La maturité peut alors se bloquer avant de repartir brutalement. Le risque est de perdre l’équilibre entre sucre, acidité et fraîcheur. Cette évolution impose une surveillance presque quotidienne. Quelques jours de retard peuvent suffire à obtenir davantage d’alcool, moins d’acidité ou des raisins fragilisés par la chaleur. Les vendanges nocturnes et le refroidissement rapide des récoltes deviennent des outils précieux contre l’oxydation et les départs de fermentation prématurés.

Apprendre à cultiver l’eau

Les réponses dépassent le simple déplacement du calendrier. Le domaine Lafage travaille notamment sur des composts capables d’améliorer le stockage de l’eau dans les sols. « On est plus devenu des cultivateurs d’eau que des cultivateurs de vignes », résume Jean-Marc Lafage. La filière étudie aussi des cépages anciens du Languedoc et des variétés grecques ou italiennes mieux adaptées à la chaleur. Certaines appellations envisagent de remonter vers des parcelles plus élevées. Vendanger en juillet constitue ainsi moins un record qu’un avertissement. Le changement climatique ne modifie plus seulement le millésime : il redessine le métier, les cépages et la géographie même du vin.

Un sujet à retrouver dans son intégralité sur le site de l’excellente Revue des Vins de France.

Image de Jérémy Felkowski

Jérémy Felkowski

Partagez cet article

Articles en lien avec celui-ci