Pierre Gagnaire se raconte en BD

Pierre Gagnaire, chef 13 étoiles Michelin

Avec Gagnaire, le cuisinier malgré lui, Gautier Battistella et Martin Veyron transforment le parcours accidenté du chef en un roman graphique intime.

Avant de devenir une figure de la cuisine contemporaine, Pierre Gagnaire fut le fils d’un aubergiste auquel l’avenir semblait déjà assigné. La bande dessinée commence avec cette injonction familiale : il sera cuisinier. Un stage d’été chez Paul Bocuse, à Collonges-au-Mont-d’Or, lui révèle ensuite les grandeurs du métier autant que sa discipline.

Le titre de l’ouvrage résume cette relation contrariée à la vocation. La cuisine n’apparaît pas comme une évidence romantique, mais comme une obligation progressivement apprivoisée. « Je me suis juste attaché à transformer en passion ce qui était un devoir. L’homme a besoin de poésie, de tendresse et de choses bien faites », confie Pierre Gagnaire dans la présentation du livre.

Après son retour dans l’établissement familial, le jeune chef s’émancipe des modèles reçus. Il accepte la rigueur du geste, mais refuse les dogmes et les recettes figées. Cette tension entre apprentissage et liberté devient le véritable fil conducteur du récit.

Les étoiles, la chute et la renaissance

Le parcours possède tout ce qu’exige une narration graphique : une ascension, une rupture puis une reconstruction. Pierre Gagnaire ouvre son premier restaurant à Saint-Étienne en 1981 et atteint trois étoiles en 1993. Deux ans plus tard, les difficultés financières provoquent la fermeture de la maison.

Le livre ne contourne pas cet effondrement. Il le replace au centre d’une trajectoire où la création ne protège ni du risque ni de l’échec. Le départ pour Paris et l’installation rue Balzac inaugurent une renaissance. Le chef y retrouve trois étoiles avant de développer des restaurants de Londres à Tokyo, de Shanghai à Dubaï.

 

Martin Veyron entre dans les cuisines

Gautier Battistella, romancier et critique gastronomique, construit le récit avec Pierre Gagnaire. Martin Veyron en signe les dessins et promène sur cette existence un regard à la fois amusé et complice. Mises en abyme, conversations surprises entre les auteurs et métaphores visuelles évitent ainsi le monument commémoratif.

Publié le 14 octobre 2026 chez Denoël Graphic, l’album compte 112 pages et est proposé à 30 euros. Il raconte moins la success-story d’un chef célèbre que la lente transformation d’une contrainte en langage personnel. Les étoiles y comptent, mais les pertes, les hésitations et les recommencements donnent au portrait sa profondeur.

 

Image de Jérémy Felkowski

Jérémy Felkowski

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