« Cheffe cuisinière, c’est le plus beau métier du monde. ». Derrière cette formule que la rédaction d’En cuisine ! valide du fond du cœur, il y a la vérité et le chemin de Fanny Rey. À 44 ans, la Bourguignonne installée en Provence parle avec la ferveur intacte de ses débuts. À la tête de L’Auberge de Saint-Rémy, à Saint-Rémy-de-Provence, elle compose, aux côtés du chef pâtissier Jonathan Wahid, une partition gastronomique où la passion l’emporte toujours sur le calcul.
Adolescente, Fanny hésite pourtant entre deux vocations : la Marine et la cuisine. Deux mondes radicalement opposés même si la rigueur et la discipline forment une sorte de passerelle entre eux. Formée à l’école hôtelière de Gevingey, dans le Jura, elle fait ses armes au Bois Gourmand, à Champagnole, tout en gardant le regard tourné vers la mer. Son père avait servi dans la Marine nationale ; elle rêve d’embarquer à son tour. Mais à l’époque, les femmes ne sont pas autorisées à naviguer. Elle tente malgré tout l’aventure militaire, effectue ses classes, passe par les marins-pompiers de Marseille, avant qu’une évidence ne s’impose : « Ce sera la cuisine ou rien. »
On lui offre une première chance
La décision la mène finalement à Paris. À vingt ans à peine, elle pousse les portes du Ritz, où Michel Roth lui offre sa chance. Elle y rencontre Jonathan Wahid, futur compagnon et partenaire de vie. Les années passent, l’expérience s’accumule. Fanny Rey rejoint ensuite L’Oustau de Baumanière, en Provence, où elle affine son style et son exigence. C’est Jonathan qui, près de dix ans plus tard, l’inscrit à la saison 2 de Top Chef. Elle hésite, puis se lance. L’émission devient un tournant. Finaliste, elle y gagne bien plus qu’une visibilité : « C’est là que j’ai eu mon meilleur apprentissage, auprès des plus grands. » Top Chef agit comme un catalyseur, révélant au grand public une cheffe déjà aguerrie.
Traverser la France
En 2014, elle reprend L’Auberge de Saint-Rémy. Le lieu lui ressemble : élégant sans ostentation, ancré dans son terroir. La Provence l’a séduite dès 1999 : « J’ai eu un coup de foudre pour la région, ses produits, sa lumière. » Dans ses assiettes, les légumes du potager, les herbes fraîches, l’huile d’olive et les poissons méditerranéens dialoguent avec précision. La cuisine est moderne mais respectueuse, technique mais lisible. La naissance de son fils, en 2003, renforce encore sa conscience : nourrir est un acte engagé. Elle limite le sel, les graisses animales, privilégie les circuits courts et une approche responsable.
La transmission et l’émotion
Fanny Rey incarne une génération de cheffes qui conjuguent exigence et sincérité. Sa cuisine raconte la Provence, mais aussi le parcours d’une femme déterminée, passée par Top Chef sans jamais se laisser définir par lui. Aujourd’hui, elle poursuit son œuvre avec la même conviction : transmettre, émouvoir et faire de chaque service une déclaration d’amour à ce métier qu’elle considère, plus que jamais, comme le plus beau du monde.