Après les incendies dramatiques de l’été 2025 qui ont touché le massif des Corbières, Gilles Goujon, Franck Putelat, Lionel Giraud, Jean-Marc Boyer et Erwan Houssin ont décidé de se mobiliser. Leur objectif ? Favoriser la renaissance de ce massif montagneux et région naturelle française du sud de l’Occitanie et ainsi soutenir les vignerons sinistrés.
Le vignoble des Corbières a été frappé au cœur. Une cartographie post-sinistre a défini une zone rouge. Elle représente 1 700 hectares de vignes détruites ou fortement affectées par le feu. Sur certaines parcelles de Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse, Tournissan ou Coustouge, on évalue jusqu’à 80 % de vignes impactées. Selon Olivier Verdale, président de l’AOC Corbières, même les ceps qui n’ont pas été brûlés ont grandement souffert.
Les pertes sont multiples. D’abord, la récolte 2025 est en grande partie anéantie sur les zones sinistrées. Les raisins calcinés, desséchés ou imprégnés par la fumée sont jugés impropres à la vinification. Ensuite, les ceps eux-mêmes peuvent être fragilisés : racines brûlées, stress hydrique accentué, capacité de reprise compromise. À ces facteurs s’ajoutent les contraintes d’assurance. Les dégâts liés aux fumées ou aux raisins sur pied ne sont souvent pas couverts. Cela crée une incertitude financière lourde pour les exploitants.
Les vignerons en première ligne
Plus de 400 vignerons sont concernés dans la zone rouge, selon les estimations de la Chambre d’agriculture de l’Aude. Parmi eux, beaucoup sont coopérateurs. Les exploitations doivent isoler leurs raisins sinistrés pour éviter de contaminer les caves mutualisées. Le fonds d’urgence promis par l’État, 8 millions d’euros, vise à indemniser les pertes de récolte, de matériel et de fonds, selon un barème plafonné autour de 3 500 €/ha, mais les vignerons craignent que cela ne suffise pas face à l’ampleur des dommages.
Les vignerons témoignent d’un sentiment d’abandon. Nombreux sont ceux déjà éprouvés par la sécheresse, les aléas climatiques, les marchés volatils. Cet incendie agit comme une explosion dans un contexte précaire : « Si j’en sauve 10 %, je serai content », dit un exploitant meurtri. Pourtant, certains ceps, plantés depuis plusieurs générations, peuvent résister, avec un diagnostic précis et des soins attentifs, la régénération est possible.
Au-delà des cendres : la mobilisation solidaire autour du repas « Renaissance »
Dans ce paysage de ruine, l’élan solidaire est né parmi ceux qui voient dans le vin autant un art de vivre qu’un patrimoine humain. Le 25 novembre 2025, un repas « Renaissance » sera organisé en soutien aux vignerons sinistrés au château de Boutenac. Un événement à l’initiative de Gilles Goujon (MOF, triple étoilé dans les Corbières) qui sait ce que représente une vigne pour une vie. Il a mobilisé autour de lui quatre autres grands chefs de l’Aude : Franck Putelat, Lionel Giraud, Jean-Marc Boyer et Erwan Houssin. Un dîner neuf étoiles pour réunir et soutenir les amoureux du terroir occitan.
L’événement affiche déjà complet, signe d’un fort écho dans le monde gastronomique. Le concept est simple mais dense : autour d’un repas d’exception, les dons récoltés, les bénéfices et la visibilité serviront à soutenir les chantiers privés des domaines, la remise en état des ceps, l’achat d’équipements détruits, et la relance culturale.


